Ces métiers du monde industriel qui se féminisent

Il est de notoriété publique qu’à l’école, les filles ont de meilleurs résultats que les garçons, toutes matières confondues, et ceci quel que soit le niveau scolaire. L’INSEE observe cependant que leur orientation va majoritairement vers l’enseignement général puis dans des études supérieures longues. En 2018, elles étaient 51,2 % entre 30 et 34 ans à être plus diplômées que les hommes contre seulement 41 % des hommes de cette classe d’âge. Mais les statistiques montrent que les emplois par catégorie socioprofessionnelle sont encore répartis selon le sexe, même si l’écart se réduit progressivement. Les femmes occupent ainsi plus souvent que les hommes des emplois moins qualifiés : en 2018, 25,9 % des femmes occupaient des postes d’employées ou d’ouvrières non qualifiées, contre 15,0 % des hommes. À l’inverse, 15,7 % seulement des femmes occupaient des postes de cadres contre 20,8 % des hommes.

Cette sous-représentation du sexe dit faible est encore plus vraie dans le monde industriel, où la gente féminine ne représente que 30 % des salariés, et à peine plus de 15 % de ses cadres dirigeants. Petit tour d’horizon de l’évolution de la part des femmes dans le secteur industriel…

Féminisation des métiers Article publié le 01/07/2022

Un peu d’histoire : des femmes obligées de se déguiser en hommes pour exercer des métiers masculins

L’Histoire est riche d’anecdotes de femmes qui ont dû renoncer à leur apparence féminine pour s’imposer dans un milieu d’hommes…

L’une des plus célèbres est la chirurgienne Margaret Ann Bulkley. La légende raconte qu’au XIXe siècle, cette Britannique a eu l’idée de se travestir en homme pour favoriser sa carrière professionnelle. C’est en effet sous le nom de James Barry que cette femme, médecin militaire est devenue célèbre en réalisant avec succès en Afrique la première césarienne. Ce n’est qu’à sa mort en 1865 que son secret fût révélé…

Un siècle plus tôt, l’exploratrice et botaniste française Jeanne Barret est connue pour être la première femme à avoir réalisé un Tour du monde entre 1766 et 1769. Déguisée en homme sous le nom de Jean Barret, elle a pris part à l’expédition de Bougainville sur la Boudeuse et l’Étoile, en tant que « valet » du naturaliste Philibert Commerson.

Certains secteurs cherchent à féminiser leurs équipes

Selon une étude de Pôle emploi, de nombreux acteurs du monde de l’industrie se sont mobilisés ces dernières années pour attirer les femmes dans ce secteur où la mixité apporte de la performance et de la compétitivité. Chefs d’entreprise, fédérations et associations ont mis en valeur les opportunités offertes aux femmes dans les secteurs traditionnellement masculins de l’aérospatial, de l’aéronautique et de la sidérurgie, mais aussi de l’énergie, de l’automobile ou encore de la chimie. En effet, jusqu’en 2025, plus de 200 000 emplois y sont à pourvoir par an.

Leur levier pour y parvenir est d’offrir aux femmes des salaires supérieurs de 13 % en moyenne pour pallier le déficit de main-d’œuvre dans ces secteurs.

Au XXIe siècle, la pénibilité n’est plus une excuse

L’accès des femmes à des métiers traditionnellement masculins est de nos jours possible grâce à la digitalisation. Dans de nombreux métiers de l’industrie, les tâches sont devenues moins physiques et moins pénibles. Par exemple :

  • Les machines-outils de type tournage ou fraisage ne sont plus manuelles, mais à commande numérique, ce qui ne nécessite plus autant de manipulations ;
  • Les automates programmables en tous genres permettent également aux femmes de ne plus avoir à porter de charges lourdes ;
  • Les logiciels (CAO, GMAO, etc.) permettent à la femme technicienne ou ingénieure de s’épanouir dans des métiers comme ceux de la qualité, de la robotique ou de la maintenance.

Des qualités supplémentaires pour les femmes, qui se distinguent des hommes

Une femme occupant un emploi généralement tenu par un homme apportera au poste des qualités supplémentaires. La minutie et le perfectionnisme sont par exemple des qualités très recherchées dans certains secteurs d’activité qui travaillent sur des matériaux fragiles, comme le verre, qu’il s’agisse du transport de bouteilles ou de la miroiterie… Les hommes, généralement plus brusques, peuvent ainsi être défavorisés par rapport aux femmes dans les emplois de caristes ou de préparateurs de commande dans le secteur de la parfumerie par exemple.

C’est également la vision des femmes en tant qu’utilisatrices d’un produit qui a permis aux femmes d’inventer des objets qui nous sont encore indispensables de nos jours. Qu’il s’agisse du lave-vaisselle, de la couche-culotte jetable ou encore de la poubelle à pédale, les femmes apportent un regard différent dans l’entreprise et peuvent ainsi occuper des postes clés dans les services de conception des entreprises.

Une féminisation à tous les niveaux d’études

Les vagues de recrutements de femmes dans les métiers de l’industrie concernent tous les niveaux de qualification. Même si les titulaires d’un Bac+4 et Bac+5 sont aujourd’hui les diplômées les plus recherchées, de nombreux autres métiers manquent cruellement de bras :

  • Au niveau CAP, BEP ou Bac Pro : des électromécaniciennes, soudeuses, chaudronnières et tôlières ; l’industrie doit par exemple faire face à une pénurie de soudeurs. La formation des femmes au métier de soudeuse directement dans les entreprises est un levier pour faire face à la pénurie.
  • Au niveau BTS, DUT, Master : des responsables de maintenance et des responsables qualité.

On peut citer également les métiers du transport où il manque aujourd’hui près de 50 000 chauffeurs livreurs.

Besoin d’informer dès le plus jeune âge

Certains métiers souffrent d’une mauvaise image ou même d’une absence d’image auprès des plus jeunes. Alors qu’il y a encore 40 ans, les écoles primaires et les collèges organisaient de nombreux « forums découverte des métiers », où les parents volontaires venaient présenter leur métier dans les classes, photos et outillages à l’appui, cette pratique a peu à peu disparu des activités de découverte que pouvait proposer l’Éducation Nationale. Ce besoin d’information est pourtant nécessaire dès le plus jeune âge pour susciter des vocations chez les filles pour des métiers techniques. Les parties prenantes, à savoir :

  • L’école, encore trop frileuse ;
  • Les forums des métiers, pas assez nombreux et peu plébiscités ;
  • Les associations de femmes salariées ;

encouragent les actions visant à faire découvrir les métiers au jeune public féminin (mais aussi masculin !) et à féminiser les métiers techniques.

Mais les stéréotypes ont la vie dure…

Même si la mixité est synonyme de performance, il existe encore de nombreux freins dans le monde de l’industrie qui stigmatisent les femmes.

La sous-population féminine dans les écoles d’ingénieurs en est un exemple criant. Malheureusement, la maternité et le temps partiel, inhérents à la condition féminine, restent un obstacle majeur à l’accès des femmes à des carrières dignes de leurs équivalents masculins.

C’est dans l’éducation que les causes racines doivent être recherchées : il n’est pas si loin le temps où on offrait aux petites filles à Noël des dînettes et des poupons tandis que leurs frères et cousins avaient droit à toute la panoplie de l’homme parfait… Les entreprises n’ont d’autre choix que de donner de la visibilité aux jeunes filles concernant les parcours des femmes, directrices, responsables de service ou cheffes de projet.

Besoin d’une autre manière de communiquer…

Le chemin est encore long pour permettre aux femmes un accès plus facile à des métiers techniques… Un travail doit être effectué tout au long des parcours d’orientation pour sensibiliser les jeunes filles au fait que les métiers techniques sont aujourd’hui parfaitement adaptés aux femmes comme aux hommes. Un accompagnement au changement doit par ailleurs être mis en œuvre dans les entreprises pour y faire évoluer les mentalités en repensant le processus de recrutement et les parcours de carrière.

Pour ce faire, il est nécessaire d’arrêter de « genrer » les discours industriels. Dès lors qu’une entreprise met en œuvre en interne une politique d’ouverture, les retours sont rapidement gagnants.

Pour approfondir

Une sélection d'articles pour que vous puissiez continuer à développer vos connaissances.

EPI féminins

Les équipements de protection pour les femmes

Loin d’être un effet de mode, le besoin en matière d’EPI pour femmes, au-delà d’un simple coup marketing, est une préoccupation réelle.

Donner une seconde vie aux EPI

Huit millions de Français, soit une personne active sur trois, portent un uniforme ou un vêtement de travail. Des équipements de protection individuelle dont la durée de vie est strictement encadrée par des normes. Plus que de les enfouir ou de les incinérer, pourquoi ne pas leur offrir une seconde vie ?

Découvrez notre série d'article sur les EPI recyclés !

Recyclage des EPI